Toute l’information des élections américaines 2008
21 mai
- John F. Kerry garnit son compte en banque - La situation en Irak va empirer - Hostilité à l’interdiction d’hostie - Le président retrouve ses fonctions - John F. Kerry se tourne vers sa gauche - La Maison Blanche ne raffine pas assez - Bataille de rapports dans l’administration Bush - Match nul au Kansas
(Jeudi 20 mai) A la fin avril, George W. Bush disposait encore de 72 millions de dollars pour financer sa campagne, tandis que John F. Kerry avait toujours à sa disposition 28 millions de dollars. Parallèlement, le sénateur du Massachusetts continue à combler son handicap. Il a levé 31 millions de dollars en avril, contre 16 millions de dollars pour son adversaire. Selon les rapports transmis à la Commission fédérale aux élections (FEC), George W. Bush a collecté 200 millions de dollars depuis la création de son comité de candidature, contre 115 millions de dollars pour John F. Kerry. « Ce qui paraissait être l’un des facteurs déterminants de l’élection, devient secondaire en raison du succès des collectes de John F. Kerry », explique Anthony Corrado, expert du financement des campagnes au Collège Colby (Maine) au Los Angeles Times. Les compteurs seront remis à zéro à l’issue des conventions démocrate (fin juillet) et républicaine (fin août). Les deux candidats disposeront alors d’une dotation fédérale de 75 millions de dollars chacun pour financer les derniers mois de campagne, sans pouvoir recourir à des contributions privées.
(jeudi 20 mai) Pour sa deuxième visite au Congrès de l’année, George W. Bush a averti que la situation irakienne risque de se détériorer à l’approche du transfert partiel du pouvoir aux autorités civiles le 30 juin. Selon plusieurs élus républicains, le président a également pronostiqué plus de violence après cette date, les rebelles ayant l’intention d’empêcher la tenue d’élections. « L’empereur est nu, a critiqué Nancy Pelosi, leader des démocrates à la Chambre des représentants. L’autorité du président et les décisions sur l’Irak démontrent une incompétence, en termes de connaissance, de jugement et d’expérience ». Critiqué sur la question irakienne par plusieurs élus républicains, George W. Bush a programmé cette visite impromptue au Congrès. Le président des Etats-Unis dévoilera son plan de transition pour l’Irak à l’occasion d’un premier discours prévu à l’école militaire de Carlisle Barracks, lundi 24 mai.
(jeudi 20 mai) Trente-huit députés démocrates et catholiques ont transmis une lettre au cardinal de Washington D.C. en réponse à l’appel du cardinal Theodore McCarrick de refuser l’eucharistie aux membres du Congrès partisan de l’avortement. « En tant que catholique, nous estimons qu’il n’est pas de notre mission de légiférer en fonction des enseignements de l’Eglise catholique », déclarent les signataires, dont une douzaine sont opposés à l’avortement. Cette polémique intervient alors que John F. Kerry est le premier candidat catholique d’un grand parti politique à briguer la Maison Blanche depuis John F. Kennedy en 1960. En outre, il est partisan de la loi sur l’avortement. Une manœuvre des conservateurs catholiques proches des républicains n’est donc pas exclue, d’autant plus que la posture du cardinal McCarrick est soutenue par seulement 3% des prêtres, selon un sondage d’une association catholique. L’Eglise catholique américaine traverse une crise depuis le scandale récent sur les pratiques pédophiles (11000 actes depuis 1950).
(mercredi 19 mai) A la satisfaction générale – y compris celle de John F. Kerry, George W. Bush a reconduit pour un cinquième mandat Alan Greenspan à la tête de la réserve fédérale. Cette annonce était attendue par les milieux financiers qui privilégient une politique financière stable de croissance sans inflation. « Alan Greenspan a réalisé un superbe job », a expliqué le président républicain, un qualificatif qu’il avait déjà utilisé pour juger la performance de Donald Rumsfeld au Pentagone… Alan Greenspan a été nommé une première fois à la tête de la banque centrale par Ronald Reagan en 1987, puis reconduit par George H. W. Bush en 1991, et à deux reprises par Bill Clinton en 1995 et 1999. Âgé de 78 ans, le premier banquier des Etats-Unis, qui a toujours agi avec indépendance à l’égard de la Maison Blanche, pourrait abandonner son poste au début 2006, lorsque son titre de membre du comité directeur de la Fed viendra à échéance - les mandats de président et de membre sont séparés -. Alan Greenspan a l’intention de relever rapidement les taux d’intérêts à leurs plus bas niveaux depuis 45 ans à 1% l’an. Ce niveau menace de provoquer une bulle spéculative dans les secteurs immobiliers et du crédit.
(mercredi 19 mai) Le sénateur du Massachusetts conforte son aura présidentielle après avoir remporté les primaires de l’Arkansas, du Kentucky, et de l’Oregon. Dans ce dernier état, il a battu les estrades au côté de son ancien adversaire Howard Dean. L’ex-gouverneur du Vermont dit consacrer deux jours par semaine à promouvoir la candidature de John F. Kerry, notamment en fournissant des conseils sur la stratégie Internet et sur le vote des jeunes électeurs. John F. Kerry a collecté 8,3 millions de dollars via le Web en avril, contre 0,9 million de dollars pour George W. Bush. En outre, le sénateur s’est entretenu une heure avec Ralph Nader en vue de définir un agenda commun pour défaire le président républicain. Le candidat indépendant qui menace de mordre sur l’aile gauche du parti démocrate, a trouvé John F. Kerry « très présidentiel », en comparaison au vice-président Albert Gore en 2000. « A mon sens, au plus les citoyens seront impliqués, au plus les votants s’engageront, au plus sa candidature apparaîtra la meilleure », a déclaré Ralph Nader au New York Times. Contrairement aux stratégistes démocrates, John F. Kerry n’a pas demandé à l’avocat d’abandonner la course à la Maison Blanche.
(lundi 17 mai) Le prix de l’essence à la pompe ne cesse de grimper. Il a dépassé le seuil des 2 dollars par gallon (3,8 litres) cette semaine. Les démocrates en ont profité pour critiquer la politique énergétique de l’administration Bush très liée aux milieux pétroliers – George W. Bush, le vice-président Dick Cheney, le secrétaire au commerce Donald L. Evans et le secrétaire à l’intérieur Gale. A. Norton, ont exercé dans ce secteur -. L’agence Bloomberg a établi une corrélation entre la hausse du prix de l’essence et la concentration des acteurs. Or l’administration Bush a autorisé 33 fusions-acquisitions pour un montant de 19,5 milliards de dollars, contre 21 rachats équivalents à 7,3 milliards de dollars sous les deux mandats de Bill Clinton. Les bénéfices générés par Exxon au premier trimestre ont atteint leur plus haut niveau depuis 13 ans. Plus inquiétant encore, les capacités de production des raffineries n’ont progressé que de 2,4 % à 16,8 millions de barils par jour entre 1977 et 2002, alors que la demande a augmenté de 27 % dans le même temps. Plusieurs groupes pétroliers n’hésitent pas à organiser la pénurie pour gonfler leurs bénéfices, une solution d’autant plus facile à mettre en place que chaque état impose une législation spécifique sur la composition de l’indispensable liquide.
(lundi 17 mai) Le département d’état dirigé par Colin L. Powell a publié avec douze jours de retard son rapport annuel sur les droits de l’homme. Cette décision provoquée par les photographies sur les tortures à Abou Ghraïb, n’a pas été profitable à l’administration républicaine. L’hebdomadaire Newsweek a publié le même jour, les extraits d’un mémo rédigé le 25 janvier 2002 par Alberto R. Gonzales, conseiller à la Maison Blanche, pour George W. Bush. « La situation présente [la guerre contre le terrorisme, NDLR] rend obsolète les limites fixées par la Convention de Genève sur les interrogatoires des prisonniers, et certaines de ses recommandations me paraissent étrange », écrit Alberto R. Gonzales. Selon Newsweek, la Maison Blanche a avalisé cette proposition avant que Colin L. Powell n’émette de vives objections. En définitive, l’administration a accordé la Convention de Genève pour le régime Taliban, mais refuser ce principe aux membres d’Al Qaeda. L’administration a déclaré que ce document n’a pas favorisé les sévices en Irak. Le Congrès a néanmoins demandé une copie du mémo Gonzales.
(lundi 17 mai) Topeka, la capitale administrative du Kansas, a reçu la visite à quelques minutes d’intervalle la visite des deux candidats à l’élection présidentielle. La cité commémorait lundi, le cinquantième anniversaire de l’arrêt Brown versus Board. Cette décision de la Cour suprême du 17 mai 1954, mettait fin à la ségrégation dans les écoles américaines. Venu pour l’inauguration du site historique où était situé l’un des quatre anciens établissements réservés aux noirs, George W. Bush s’est contenté d’un discours de douze minutes devant un parterre largement composé de personnalités de race blanche. Pour sa part, John F. Kerry s’est adressé à une audience de partisans démocrates, lors d’une cérémonie organisée par la gouverneur démocrate du Kansas Kathleen Sebellius. « Nous n’avons pas concrétisée la promesse de Brown quand un tiers des enfants afro-américains vivent dans la pauvreté, seulement 50% des adultes afro-américains de New York ont un emploi, et près de 20 millions de noires et d’hispaniques n’ont pas accès à une couverture santé de base », s’est exclamé John F. Kerry dans un discours très politique.
Gérald Bouchez
17 mai
L’affaire « Copper Green » n’est pas sans rappeler les pratiques délictueuses révélées à partir du mois d’août 1972 par Bob Woodward et Carl Beinstein dans le Washington Post. Après avoir provoqué la démission du président Nixon, le cambriolage de l’immeuble du Watergate a été le point de départ d’une série de scandales qui ont éclaboussé la communauté du renseignement et ses opérations secrètes.Tout commence le 22 décembre 1974 lorsque le New York Times met à jour le programme Chaos inauguré sous la présidence Johnson puis poursuivi sous Nixon. En contradiction avec son mandat, la CIA a surveillé les campus universitaires américains. Puis la commission sénatoriale Church découvre l’opération Cointelpro (Counter Intelligence Programm), laquelle a permis au FBI de mener des actions clandestines contre cinq groupes politiques sur le sol américain entre 1956 et 1971. Pour sa part, la NSA a inauguré à partir de 1952, le programme Shamrock en charge d’analyser les copies de tous les échanges télégraphiques des Etats-Unis (environ 150 000 messages par mois).
En outre, la CIA a multiplié les opérations secrètes en territoire étranger, dont la plus symbolique a provoqué en 1973, la mort du président chilien Salvador Allende. A partir de 1975, l’agence lance le programme Condor en vue de perpétrer des assassinats politiques en Argentine, au Chili, au Paraguay, et en Uruguay. La centrale de Langley n’est pas néophyte en la matière car elle a été l’origine des assassinats du premier ministre congolais Patrice Lumumba en 1960, du dictateur dominicain Rafael Trujillo en 1961, et de plusieurs tentatives visant Fidel Castro au cours des années 1960.
En définitive, le rapport accablant du sénateur Church va inaugurer une période vertueuse. En effet, les agences de renseignement se soumettent alors à un contrôle parlementaire. L’amendement Hughes-Ryan de 1974 permet au Congrès d’obtenir une communication sur les actions clandestines menées sur le terrain. Par ailleurs, le Sénat et la Chambre des représentants sont dotés dans la foulée de deux commissions sur le renseignement par lesquelles circulent une information complète sur l’activité des agences de renseignement.
Ce dispositif n’a jamais été remis en cause par les présidents américains qui sont succédés depuis lors à la Maison Blanche. Toutefois, il n’a pas empêché la crise Iran-Contras dans les années 1980. Précisèment, le président Reagan accepte à cette période une libération d’otages détenus en Iran en échange d’armes réexportés depuis le Nicaragua où la CIA cherche à déstabiliser les sandinistes au pouvoir. Dans le cas d’Abou Ghraïb, l’article New Yorker estime que la Commission des services armés du Sénat n’aurait pas eu connaissance du programme Copper Green.
Gérald Bouchez
Pour en savoir plus:
Consulter l’ouvrage de Jean Guisnel, La Citadelle endormie, éditions Fayard, 2002
13 mai
- 187,5 milliards de dollars pour faire la guerre - Le Pentagone n’encadre pas la photo numérique - George W. Bush touché pas les effets collatéraux - La FEC ouvre les vannes
Auditionné par la commission des armées du Sénat, le secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz a réclamé une enveloppe d’urgence de 25 milliards de dollars pour financer les conflits en Irak et en Afghanistan. En tenant compte de ce montant, l’administration républicaine aura dépensé 187,5 milliards de dollars – soit l’équivalent du PIB de l’Autriche - pour faire la guerre. Les sénateurs des deux partis devraient intercéder en faveur du Pentagone. Mais ils ont tancé l’exécutif qui, d’une part, ne cesse de sous-estimer le coût des opérations, et d’autre part, refuse de fournir le détail de ses dépenses. La critique est notamment venue du sénateur républicain John McCain… Le Pentagone espère demander 50 milliards de dollars supplémentaires au second semestre, ce qui portera le total à 237,5 milliards de dollars – soit l’équivalent du PIB de la Belgique !
« Nous fonctionnons dans une situation de guerre avec des contraintes édictées en temps de paix, à l’âge de l’information, quand tout le monde se promène avec des appareils numériques ». Ce sont les propos tenus par Donald Rumsfeld au Sénat, pour expliquer la diffusion hors de contrôle du Pentagone, des photos de torture à la prison d’Abou Ghraïb. Equipés d’appareils numériques, d’ordinateurs connectés au Web pour rester en contact avec leurs proches, les jeunes soldats américains appartiennent à la génération Internet. Un phénomène que le ministère de la Défense n’a pas anticipé. D’ailleurs, les clichés de l’arrestation de Saddam Hussein publiés en janvier, comme ceux de vingt cercueils recouverts du drapeau américain révélés en avril, provenaient déjà des appareils numériques des soldats.
La popularité de George W. Bush vient d’atteindre son plus bas niveau depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2001. Selon un sondage réalisé par la chaîne CBS, 44% des sondés (-2 points) continuent à approuver l’action du républicain tandis que 49% (+2 points) la désapprouvent. L’expérience démontre que la probabilité de réélection est faible lorsqu’un président est sous le seuil des 50% de popularité. En outre, 39% (-2 points) des sondés approuvent la politique irakienne de l’administration, contre 58% (+7 points) qui sont d’un avis contraire. Une large majorité de sondeurs s’accordent à dire que la situation de George W. Bush est désormais périlleuse.
La Commission fédérale aux élections (FEC) a refusé de restreindre le financement des campagnes par des groupes d’intérêts et par ceux de protection sociale. Les organisations qui se sont formées au cours des derniers mois, continueront donc à financer et à réaliser des publicités politiques. Ces groupes permettent aux démocrates de combler une partie de leur retard sur les républicains, car ces derniers peuvent compter sur un large réservoir de contributeurs. La FEC contredit la loi McCain-Feingold adoptée en 2002, en vue d’interdire les contributions illimitées des sociétés et des groupes d’intérêts aux partis.
Gérald Bouchez