L’affaire « Copper Green » n’est pas sans rappeler les pratiques délictueuses révélées à partir du mois d’août 1972 par Bob Woodward et Carl Beinstein dans le Washington Post. Après avoir provoqué la démission du président Nixon, le cambriolage de l’immeuble du Watergate a été le point de départ d’une série de scandales qui ont éclaboussé la communauté du renseignement et ses opérations secrètes.Tout commence le 22 décembre 1974 lorsque le New York Times met à jour le programme Chaos inauguré sous la présidence Johnson puis poursuivi sous Nixon. En contradiction avec son mandat, la CIA a surveillé les campus universitaires américains. Puis la commission sénatoriale Church découvre l’opération Cointelpro (Counter Intelligence Programm), laquelle a permis au FBI de mener des actions clandestines contre cinq groupes politiques sur le sol américain entre 1956 et 1971. Pour sa part, la NSA a inauguré à partir de 1952, le programme Shamrock en charge d’analyser les copies de tous les échanges télégraphiques des Etats-Unis (environ 150 000 messages par mois).

En outre, la CIA a multiplié les opérations secrètes en territoire étranger, dont la plus symbolique a provoqué en 1973, la mort du président chilien Salvador Allende. A partir de 1975, l’agence lance le programme Condor en vue de perpétrer des assassinats politiques en Argentine, au Chili, au Paraguay, et en Uruguay. La centrale de Langley n’est pas néophyte en la matière car elle a été l’origine des assassinats du premier ministre congolais Patrice Lumumba en 1960, du dictateur dominicain Rafael Trujillo en 1961, et de plusieurs tentatives visant Fidel Castro au cours des années 1960.

En définitive, le rapport accablant du sénateur Church va inaugurer une période vertueuse. En effet, les agences de renseignement se soumettent alors à un contrôle parlementaire. L’amendement Hughes-Ryan de 1974 permet au Congrès d’obtenir une communication sur les actions clandestines menées sur le terrain. Par ailleurs, le Sénat et la Chambre des représentants sont dotés dans la foulée de deux commissions sur le renseignement par lesquelles circulent une information complète sur l’activité des agences de renseignement.

Ce dispositif n’a jamais été remis en cause par les présidents américains qui sont succédés depuis lors à la Maison Blanche. Toutefois, il n’a pas empêché la crise Iran-Contras dans les années 1980. Précisèment, le président Reagan accepte à cette période une libération d’otages détenus en Iran en échange d’armes réexportés depuis le Nicaragua où la CIA cherche à déstabiliser les sandinistes au pouvoir. Dans le cas d’Abou Ghraïb, l’article New Yorker estime que la Commission des services armés du Sénat n’aurait pas eu connaissance du programme Copper Green.

Gérald Bouchez

Pour en savoir plus:
Consulter l’ouvrage de Jean Guisnel, La Citadelle endormie, éditions Fayard, 2002

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